Crépuscule sur les rails


Le Cœur - Région de Kinchū, Gare de Kinchū

Année 8 | Printemps

II. Sauvetage de Miyuka
Alors que le soleil décline inexorablement, les forces de la rébellion s'apprêtent à sortir de l'ombre afin de faire diversion...
Le fantôme de Kiri

Les deux jeunes femmes avait donné tout ce qu'elle pouvait physiquement pour arriver le plus vite possible sur la zone du train. En arrivant c'est sans surprises qu'elles se rendirent compte que le combat avait déjà commencé, Jiken semblait en bien mauvaise posture face à une femme qui était sans aucun doute d'origine Kirijin. Inoiya eu un frisson qui parcourut l'intégralité de sa colonne vertébrale, cette pression… cette sensation… Jamais elle ne pourrait oublier cela, elle avait l'impression d'être de retour dans les montagnes face au prince Kenketsu.


Eiko et elle faisait une bonne équipe, elles ne se connaissaient pas depuis longtemps mais se comprenaient sans se parler. Inoiya fit des mundras alors que Eiko s'envolait en direction de Jiken. Alors qu'elle s'interposait entre la Gaikotsu et Jiken, un épais brouillard s'élevait sur la zone. Inoiya vivaient avec les rebelles, elle connaissait leur empreinte d'énergie, elle n'aurait qu'à tuer les autres. Le fantôme de Kiri allait devenir le fantôme de la rébellion.


À travers le brouillard, Inoiya se glissait derrière les soldats et les égorgeait de la pointe de son Kunai, un véritable massacre était en train d'avoir lieu, et même si certains arrivaient à échapper à la sentence une grande majorité gisaient maintenant au sol dans leur sang. Eiko et Jiken avaient légèrement bougé, et Inoiya pouvait ressentir la Gaikotsu car elle était la seule énergie inconnue. Au travers du brouillard elle lança alors un salve d'aiguille. Rien ne pouvait certifier qu'elle allait la toucher, mais cela aurait sans doute le mérite de faire diversion pour les autres.

Il y a 4 mois


Le champ de bataille s’étendait, saturé de brume, entre les wagons abandonnés du train éventré. La poussière et le sang dessinaient des sillons indistincts, et des silhouettes apparaissaient à peine au travers du voile gris. Le sol était jonché de fragments de bois et de métal, témoins des combats précédents, et l’air vibrait du mélange d’humidité et de poudre.

Byakuren Renzō apparut en tête de son escadron, son visage connu et impassible sous le large chapeau de paille, chaque trait gravé par l’expérience et la détermination. D’un geste précis, il ordonna la formation, et ses hommes se dispersèrent avec fluidité, occupant les positions stratégiques dans ce terrain chaotique. Il ne laissa aucun signe d’inquiétude pour Mai, concentré uniquement sur l’organisation de l’assaut.

Dialogue de personnage
« Engagez ! »

omme une lame tranchant la brume, Byakuren se lança dans l’offensive. Ses pas résonnaient sur le métal tordu et le bois éclaté, chaque mouvement calculé pour anticiper les moindres changements de la zone. Son escadron suivait, se déployant en arcs fluides, exploitant chaque recoin du terrain : entre les wagons éventrés, sous les poutres suspendues, derrière des fragments de train renversés.

Il balaya le champ de bataille de larges gestes précis, simulant des frappes, cherchant à estimer la taille et la position de sa cible à travers les sons et les vibrations. Ses attaques visaient à perforer la brume elle-même : coups d’épée dans le vide, mouvements rapides et circulaires, frappes chirurgicales sur le sol pour perturber l’espace environnant et créer des ouvertures pour son escadron. Chaque geste était un test, une lecture attentive de la zone, de ses échos et des vibrations qui lui parvenaient.

Il tenta de frapper d’un geste final, un balayage précis du tranchant de son sabre, estimant d’après ses derniers repères visuels que sa cible se trouvait à la hauteur qu’il calculait (approximativement 1m65). Le souffle de l’attaque fusa, coupant l’air et les volutes de brume, mais le terrain instable et les obstacles dispersés compliquaient la chose. Ses yeux ne cherchaient plus à voir : il ressentait, anticipait, et ordonnait. La zone elle-même semblait se plier à son contrôle, comme si chaque gravier, chaque éclat de métal était un acteur dans la danse de son offensive.

Il espérait sincèrement que cette abomination de Gaikotsu s'était faite abattre, ce qui impliquerait certainement une courte immobilité de la part de son adversaire... Il ne disposait pas d'énergie, cette brume était une véritable aubaine.

Il y a 4 mois

Kako No Uta

Le silence fut brisé.

Pas par un cri, ni un choc, mais par l’intervention d'une Kunoichi que Mai connaissait que trop bien. La rapidité de son intervention permit à ce que la Gaikotsu lâche sa prise et esquive le Kunaï qui lui était destiné. Alors qu'elle s'apprêtait à répliquer, un brouillard épais étouffant s'élevait autour d'elle et des personnes présentes. C'était clairement une attaque d'un Kirijin. Cela ne perturba pas la combattante pour autant. L’aiguille d’Inoiya frôla la joue de Mai, ouvrant une estafilade fine, presque élégante. Puis un coup mal anticipé, une frappe lourde, venue sans doute de l’un des hommes de Byakuren, heurta son flanc avec assez de force pour la faire ployer. Un froissement de chair, un craquement mat, la douleur irradiait sous sa cage thoracique. Peut-être une côte fissurée.

Mais elle ne chuta pas. Elle recula d’un pas, absorbant le choc avec la souplesse d’un corps conditionné pour survivre à ce que d’autres auraient considéré comme fatal. Son souffle ne vacilla pas. Seule sa main glissa, imperceptiblement, jusqu'à son flanc pour en chasser l'excès de sang. Ses doigts se refermèrent sur le liquide chaud. Un simple rappel. Elle était encore là.

Dans le tumulte du brouillard, l’ombre derrière elle se contracta. Le Meiton, silencieux mais vivant, réagit à sa volonté. Les formes noires rampèrent sur les parois des wagons, se rétractant, concentrant leur masse autour de Mai comme une seconde peau. Ce n’était plus une menace diffuse. C’était une armure mouvante. Une extension de sa volonté. Elle avait identifié les sources : trois centres de danger distincts. Eiko, Inoiya, Byakuren. Jiken ne comptait plus. Sa main tremblait. Sa posture fléchissait. Il n’était plus une cible, mais un dommage collatéral.

Le Teura Uchi avait accompli son rôle. Mai reprit la flèche dans sa main gauche. Elle n’avait pas le temps de prendre le risque de reprendre son arc. Son corps, son chakra, son expérience combleraient le vide. D’un pas vif, elle s’enfonça dans la brume. Les sons guidaient ses mouvements. Elle perçut le léger froissement de tissu à dix heures. Un soldat. Trop proche. Elle pivota sur elle-même, et son coude heurta la gorge de l’intrus. Il ne cria pas, il n’en eut pas le temps. Son souffle fut arraché, et il s’écroula dans la brume.

Une rafale de projectiles fusa soudain vers elle, des shuriken, sans doute. Peut-être de nouvelles aiguilles d’Inoiya. Mai tendit la main droite et libéra une impulsion de Suiton pure, une gerbe étroite d’eau comprimée jaillit, tranchante comme une lame, repoussant les projectiles dans une giclée d’éclats humides grâce à l'humidité de l'air. Elle sortit du wagon à la poursuite des fuyards.

Puis, elle sentit l’approche du sabre de Byakuren. Elle ne le voyait pas, mais elle sentait le déplacement d’air, la résonance de ses pas dans le sol, la tension dans l’atmosphère. Elle pivota juste à temps, évitant de peu la coupe latérale qui visait sa nuque. La brume se soulevait, sifflée, arrachée par la violence de l’assaut. Une ouverture. Brève. Parfaite.

Mai ne relâcha pas la pression. Son corps, meurtri, brûlait de fatigue, mais son esprit, lui, était encore plus tranchant que ses flèches. L’adrénaline compensait la douleur. Le sang qui coulait de son flanc, celui de sa joue, le craquement dans sa cage thoracique… Tout cela appartenait à un plan secondaire.

Elle se repositionnait entre les wagons éventrés, là où les ombres étaient les plus denses. L’armature métallique offrait un toit partiel, des angles, des lignes de tir. Elle n’avait plus besoin de terrain ouvert. Elle n’en avait jamais eu besoin. L’arc en main, elle arma à nouveau. Pas une flèche, mais trois.

Une salve d’ombres pures, trempées dans son Meiton, bordées d’un éclat aqueux leurs pointes vibraient d’une intention meurtrière. Elle tira.

Un sifflement sec, un flash de mouvement qui manquait de toucher Byakuren. Trois traits fendirent la brume à une vitesse telle qu’on n’entendit qu’un seul son : une onde de choc basse, étouffée, comme une gorge qu’on serre trop fort. Pas pour tuer. Pas encore. Pour rappeler qu’elle voyait. Qu’elle visait. Son casque lui en offrant cette possibilité.

Elle enchaîna aussitôt. Ses doigts n’avaient pas ralenti. Trois nouvelles flèches, invoquées d’un seul geste, apparurent sur la corde tendue. Cette fois, elles étaient différentes : plus courtes, plus épaisses. Des projectiles creux, remplis d'un étrange liquide. Elle tira à nouveau, visant les hauteurs, les toits éventrés des wagons, les arbres proches. Au contact des flammes ce fut une explosion silencieuse.

Il y a 4 mois


La douleur était une chose étrange. Mon bras était un poids mort, inerte, et je ne pouvais guère m’appuyer sur ma jambe gauche. Pourtant, sans ces élans de souffrance, ma conscience aurait sans doute sombré, peut-être sans espoir de retour. La chaleur de mes plaies me criait la vie tandis qu’une ambiance froide et mortelle, inhabituelle, se répandait dans ce chaos. La mort venait et, sans raison, je pensais à ces ennemis qui avaient semé la zizanie dans nos rangs. Nombreux avaient chuté sous leurs flèches et, il fallait l’admettre, avaient encouragé les troupes de l’Empire. La surprise n’avait plus lieu ; la retraite devenait de plus en plus inéluctable.

De mon côté, l’un de mes camarades avait plié sous le nombre tandis que le dernier m’aidait à me déplacer. Notre abri de fortune fut pris d’assaut et il se sacrifia pour faire diversion. La mort dans l’âme, je le suivis, ne pouvant lui accorder qu’une pensée comme soutien. Je maudissais ces flèches et leur tireur. Sans elle, je pourrais encore me battre efficacement.

Comme si les choses ne pouvaient aller plus mal, une brume soudaine se leva sur le champ de bataille. Elle accentua la perte de visibilité et l’ambiance mortelle de la zone. Alliés comme ennemis se transformèrent en vagues silhouettes humanoïdes, anonymes et inquiétantes. Garder son sang-froid était une nécessité.

Dialogue de personnage
« Je t'évacue. »


Je rageais intérieurement, mais je devais reconnaître la raison. Sans lui, je ne pouvais clairement pas me déplacer et le brouillard était une aubaine pour sortir de là. Une ouverture sans silhouette était visible quand un son vif se fit entendre. L'archer était toujours là. Et si l'adrénaline et la douleur me gardaient encore éveillé, ma vision commençait à se troubler. Mon sang fuyait toujours de mon corps et, sans vrai soin… Non, pas le temps de m'apitoyer.

Dialogue de personnage
« Trouvons le tireur... Sinon, d'autres tomberont... »


Mon chakra bouillonnait dans ma main et ne demandait qu’à être libéré. Mais le moment n'était pas venu. La lueur bleutée me rendrait trop repérable. Je devais garder cette technique pour l'instant opportun.

Il y a 4 mois


Une seule erreur, un court instant d'arrêt face à la surprise de revoir un visage familier, celui d'un être que je pensais disparu avec les autres. Visiblement, la Mai que j'ai connu n'a plus grand chose à voir avec cette archère embusquée qui, profitant de mon court temps d'arrêt, vint heurter ma main gauche. Une douleur soudaine et violente me parcouru du poignet aux extrémités de mes doigts, les laissant comme engourdis et presque impossible à bouger. Etaient-ils paralysés ? cassés ? difficile à dire. Alors que je m'apprêtais à me défendre comme je le pouvais face aux futurs assauts de Mai et de ses ombres me plongeant de plus en plus dans une très désagréable sensation , un renfort inespéré vint à notre secours. Une nouvelle présence dont l'interpellation réussit à me reconcentrer après cette retrouvaille.

Dialogue de personnage
« Il est sérieusement blessé, je l'ai laissé à l'avant du train avec quelques uns de ses hommes. »


Soudain, le brouillard se leva, offrant une occasion à notre adversaire de s'extirper de ce wagon. Après un bref coup d'oeil sur ma main visiblement inutilisable mais étonnamment peu douloureuse, je m'apprêtais à rejoindre le champ de bataille à nouveau, cette fois en quête d'un repli immédiat.

Dialogue de personnage
« Je m'occuppe de retrouver et ramener Seishiro et les autres bloqués en tête du train, là bas, ils doivent s'être retrouvés isolés du reste. Je te laisse guider la fuite des autres. »


N'évoquant pas le sujet Mai, préférant ne pas y repenser pour le moment, je rejoignis le haut des débris de train, fonçant désormais vers sa tête. Sur mon chemin, une paire de flèches vint siffler non loin de moi, me rappelant que la redoutable archère rodait toujours dangereusement dans les parages. La situation, alors équilibrée il y a encore peu de temps, avait désormais totalement dégénérée, nous mettant dans une position très précaire.

Il y a 4 mois


Vous n’étiez pas au bout de vos peines, car alors que le brouillard commençait à s’épaissir, tu eus l’occasion d’entrevoir cette nouvelle vague de soldat arriver. S’en suivit une certaine confusion du côté impérial, car tandis que les vôtres fuyaient certains d’entre eux semblaient s’entre-tuer. Mais ce fut le bruit distinctif de ces flèches qui t’alertait le plus, dont l'une qui te rasa la tête à quelque centimètre avant d'aller abattre une silhouette juste derrière toi. Qui pouvait tirer des flèches à travers ce brouillard tout en espérant ne pas se tromper de cible ? Ce ne pouvais être personne d’autre que Mai, la jeune femme aveugle semblait désormais bénéficier de capacité sensorielle, ce qui rendait votre fuite périlleuse même à travers le brouillard. Sauver Seishiro pouvait alors s’avérer compliquer, il ne tenait qu’à toi de lui faciliter la tâche.

Dialogue de personnage
« Très bien, je te fais confiance, Jiken. Mon jutsu combiné à celui d’Inoiya devrait vous faciliter la tâche, mais ne perdez pas de temps ! »


Sur ces mots, tu te retrouvas alors esseulée au milieu du brouillard. Tu te mis alors à composer quelques mudras et rapidement un énorme dôme prit forme autour de toi. Chacun ici, y compris les rebelles, allaient être confus durant un très court instant, mais ce jutsu ne leur ferait rien de plus. En revanche, ceux pour qui les talents reposaient sur des capacités sensorielles allaient vivre un drôle de moment. Si tu voyais juste et que la Gaikotsu s’orientait bel et bien de cette manière, elle allait devoir vivre à nouveau la sensation d’être complètement aveugle.

Dialogue de personnage
« Désolée pour ça… Mai. »


Aussitôt, tu te hâtas de partir à l’opposé du train, rassemblant avec toi les troupes qui étaient éparpillées à la sortie du brouillard. Les impériaux ne seraient pas perdus dans celui-ci éternellement, de plus, tu n’étais pas certaine que ton jutsu fonctionne comme tu l’entendais sur Mai. Auquel cas les rebelles devraient encore faire face à un grand danger. C’est pourquoi après avoir donné les ordres à la majorité des troupes tu restas en retrait à l’extrémité du brouillard au lieu de fuir. Tu voulais t’assurer que Jiken, Seishiro et Inoiya s’en sortiraient eux aussi.

Il y a 4 mois

Le fantôme de Kiri

Inoiya était une ombre dans la brume, tuant sans aucun remord toutes les signatures d'énergie qui lui étaient inconnues. Alors qu'elle allait tuer un soldat de plus, un énorme coup de katana vint lui frôler la gorge, décapitant le soldat en face d'elle, de nombreuses signatures énergétiques étaient en approche, et il fallait absolument s'enfuir. Sans hésitation, Inoiya arrêta sa tuerie et se concentra pour repérer Seishiro, puis elle fonça à toute vitesse en sa direction, il était rapide à repérer, car l'intensité de son énergie n'arrêtait pas de fluctuer. Rapidement elle arriva vers lui.


Dialogue de personnage
« Seishiro ! C'est Inoiya, prend appuis sur mon épaules ! »



Rapidement la jeune femme aida le Chikara à se lever et lui servit de béquille à travers le brouillard. Jiken semblait également arriver dans leur direction, et Eiko était toute proche également mais au milieu de la brume il sembla perdre ses repères. La jeune femme aidé par ses dons sensorielle parvint a intercepter sa course en interpellant dans un sorte de murmure crié le Kitto.


Dialogue de personnage
« Jiken ici ! On est… »



Pas le temps de finir sa phrase qu'une flèche transperçait l'épaule droite de la Kaguya. Satané Gaikotsu, elle ne semblait pas prête à lâcher l'affaire, à trente centimètres prêt Inoiya aurait quitté ce monde. 


Dialogue de personnage
« Allez on lâche pas, on retrouve Eiko et on part ! »



Inoiya ne sentait plus la douleur, et menait avec elle un véritable cortège de rebelles, mais plusieurs tombaient sous les flèches et les coups de katana des ennemies. Eiko était toute proche, et alors qu'elle pensait bientôt l'atteindre, tous ces sens furent troublés, le dôme de Eiko avait fini par s'étendre au niveau de Inoiya. La jeune femme n'était plus qu'à quelques pas, le chaos générale permis aux quatres rebelles de se retrouver.


Dialogue de personnage
« Eiko ! Partons vite ! Mais je ne peux plus nous guider, quelque chose a brouillé mes capacités sensorielles ! »



Inoiya arriva ainsi dans le dos de sa camarade, loin de se douter qu'elle était la cause de tout ceci. Heureusement que la Kaguya était déjà en route pour rejoindre Jiken et Eiko avec Seishiro sur son épaule lorsque ce jutsu fut lancé. Ainsi les quatres rebelles s'éloignaient du champ de bataille avec que Mai et les samouraï continuaient de se lancer des salves d'assaut en ignorant que leurs ennemis étaient en train de fuir par les flancs, quittant ce champ de bataille chaotique.

Il y a 4 mois


Byakuren rengaina lentement son sabre, le geste sec, précis, sans la moindre précipitation. La brume claquait encore autour de ses chevilles ; le chapeau de paille posé bas sur sa nuque était maculé d’un fin voile de poussière et d’éclats sombres qui brillaient sous la faible lumière du crépuscule. Il observa un instant la lame, comme on jauge un instrument qui a servi ; elle portait la trace d’un tranchant net, mais pas celui qu’il avait visé. Il avait tranché une tête ; pas la bonne. Un quart de seconde d’échec qu’il inscrivit sans surprise dans la longue liste des imprévus de la guerre.

D’un geste méthodique il sortit un morceau de tissu et fit glisser la soie sur l’acier, essuyant le sang qui refusait de disparaître. Le froissement du tissu sur la lame résonna, bref, dans le silence retombant du champ. Aucun mot ne trahissait son étonnement : Byakuren n’était pas homme à se perdre en excuses. L’erreur restait une donnée, à intégrer et corriger. Il rengaina ensuite, la lame retrouvant son fourreau avec un claquement propre, sec.

Il balaya la zone du regard. Des corps gisaient ; certains encore chauds, d’autres déjà raides. La poussière s’accrochait aux cils des morts comme à ceux des vivants. Byakuren inspira lentement, sentant le mélange corrosif d’odeurs : fer, huile brûlée, chair. Il soupira, court, presque imperceptible ; un bruit humain dans la mécanique froide de sa décision. Il dit alors d’une voix où l’on retrouvait la fatigue des hommes qui ont trop vu :

Dialogue de personnage
« Nous nous contenterons de cela, »

Sa phrase n’était ni un plaidoyer ni une crainte ; c’était un constat assorti d’un ordre. Il désigna d’un index sec un prisonnier ligoté, tremblant, laissé à moitié caché derrière une tôle. « Ne laissez qu’un prisonnier. Tuer le reste. Pas de pitié. » Les mots tombèrent comme une lame : tranchants, inévitables. Ses hommes s’exécutèrent sans commentaires ; discipline et sang-froid, reflet de l’autorité qu’il avait su imposer ici en quelques instants.

Byakuren observa celui qu’ils garderaient. Pas par humanité : par stratégie. Un captif vivant valait plus d’informations qu’un tombeau. Il se permit un instant de calculer qui interroger, quel message renvoyer à la capitale, quels indices pouvaient lier cet accident aux manigances plus hautes. Le silence du prisonnier était un coffre scellé ; Byakuren sourit sans joie à la perspective de l’ouvrir plus tard.

Ses pensées dérivèrent, inévitablement, vers l’Empire. Il connaissait trop bien la mécanique de ses faveurs et de ses haines. Autrefois, sa troupe avait compté aux yeux de ceux qui tenaient le pouvoir. Ils avaient servi comme initiateurs, conseillers, bras armé et preuve vivante d’un ordre qu’on voulait imposer. Mais, décade après décade, l’empereur et sa cour s’étaient écartés, attirés par de nouvelles alliances, de nouvelles promesses. L’oubli avait remplacé la reconnaissance. Ce ressentiment n’était pas de la rancune futile : c’était une réalité politique qui transformait des alliés en variables sacrifiables.

Il ferma les yeux un instant, non pour regretter, mais pour clarifier la suite. Ce train dérouté, ces morts, n’étaient pas seulement le fruit d’un hasard guerrier : quelque chose se tramait au sein des hautes sphères. L’accident révélait plus qu’il n’occultait ; il dévoilait l’indifférence et la fragilité d’un pouvoir supposé central. Byakuren ne s’en félicitait pas, il en faisait une carte, un plan de marche.

Il remit le tissu dans sa poche, ajusta le chapeau de paille, et regarda son escadron. Les hommes étaient attentifs, les traits tirés par la fatigue et l’adrénaline, mais encore capables.

Dialogue de personnage
« Fouillez les environs. Brûlez ce qui doit l’être. Ramenez le prisonnier en vie. Pas un bruit inutile d’ici au coucher. »

Les ordres furent reçus, répétés en échos brefs, puis exécutés.

Avant de tourner le dos au champ, Byakuren laissa échapper enfin une phrase, basse, pour lui-même plus que pour les autres : « Un empire qui oublie ses artisans finit toujours par payer le prix de son arrogance. » Puis il s’éloigna, silhouette droite sous son chapeau, s’enfonçant dans la brume comme un trait tracé sur une page froissée, homme qui n’aimait ni les discours ni les lamentations, préférant les actes pondérés et les calculs froids. Ses pas rejoignirent bientôt ceux de ses hommes ; le champ fut laissé au feu de ses ordres et à la nuit qui venait avaler les traces. La rébellion fuyait pas une voie sécurisée, la poursuite était trop coûteuse à son goût. Des soldats impériaux avaient sûrement le nécessaire en tête pour officialiser le nom de nos ennemis.

Il y a 4 mois

Kako No Uta

Un souffle sec, presque inaudible, brisa un instant la concentration de Mai. Ce n’était pas un cri, ni un bruit de lame. C’était... autre chose. Un déplacement d’air, une onde invisible qui froissa les bords de son monde. Puis, soudain, tout bascula.

Le casque aux lentilles bleutées, son unique fenêtre sur le monde, vibra sous l'effet d'une perturbation incompréhensible. L’interface se mit à crépiter, envoyant des signaux erratiques, distordus, comme si les contours de la réalité s’étaient déformés. Les signatures thermiques disparurent, les repères sensoriels se brouillèrent, remplacés par un vide écrasant. Même le son, qu’elle percevait de manière secondaire, fut étouffé.

Mai chancela d’un demi-pas, prise d’un vertige inhabituel. Elle cligna des yeux, mais rien ne revenait. L’environnement, qu’elle "voyait" à travers le filtre technologique de son casque, ondulait désormais comme un mirage sous un soleil trop violent. À chaque tentative d’analyse, le système renvoyait un signal d’erreur silencieux. Inexploitable.

Une attaque sensorielle. C’était évident. Elle n’avait pas besoin de la voir pour comprendre : un jutsu, vaste et méthodique, s’était abattu sur la zone. La précision de la perturbation provenait d'Eiko. Mai ne connaissait pas ce genre d'attaque et n'avait pas vu qui en était l'auteur. L’espace de quelques secondes, Mai perdit toute notion de distance. Chaque pas semblait faux. Chaque geste devenait une incertitude. Le champ de bataille, qui s’était offert à elle comme une partition limpide, s’était transformé en une mer d’obscurité impénétrable. Même son souffle semblait venir d’ailleurs.

Alors, elle s’arrêta. C’était inutile. Tirer, dans ces conditions, reviendrait à gaspiller. Pire : à rater. Elle inspira longuement, cherchant à stabiliser son corps, à calmer ce tremblement involontaire qui naissait sous sa peau. Et dans ce chaos absolu, une vérité simple s’imposa à elle : Ils étaient en train de fuir. Et elle ne pouvait plus les arrêter.

Le silence retomba enfin sur le champ de bataille. Un silence de fin de pièce, un silence lourd, tapissé d’ombres et de sang tiède. Mai resta immobile plusieurs secondes, son arc encore tendu, une dernière flèche prête à être décochée. Mais son souffle, haché, profond, l’alerta : son corps avait atteint sa limite. Elle relâcha lentement la corde, sans tirer. Le projectile retourna dans son carquois dans un chuintement presque doux, presque intime. Ses lèvres étaient gercées, sa mâchoire serrée, ses tempes bourdonnantes sous l’effort sensoriel qu’elle avait déployé dans le brouillard. Trop longtemps. Beaucoup trop longtemps.

La Gaikotsu recula d’un pas, s’adossant contre un pan de métal tordu du wagon éventré. Son flanc gauche la lançait terriblement ; sous sa tunique, la plaie avait rouvert. Elle grimaça sans un son. Elle ne crierait pas. Ses doigts tremblaient à peine alors qu’elle défaisait les attaches de cuir et de tissu, révélant la blessure : une entaille peu profonde mais longue, conséquence d’un éclat de lame mal esquivé dans la confusion. Le sang avait séché sur sa peau, formant une croûte noircie qu’elle écarta d’un geste sec. La douleur pulsa, vive, nette. Elle laissa échapper un souffle bref, comme pour lui donner forme.

Ses sens ne percevaient plus les fuyards. Ils avaient profité du chaos, de son propre aveuglement momentané un jutsu l’avait totalement déroutée. Ce n’était pas tant la perte de ses cibles qui la perturbait, mais ce qu’elle avait ressenti en les approchant. Jiken. Elle l’avait vu. Elle en était certaine. Et l’espace d’une seconde, l’ancienne Mai, l’adolescente, la sœur d’armes, avait voulu parler. Avait voulu comprendre. Mais la guerrière l’avait muselée.

Et maintenant ? Ils étaient loin. Assez pour qu’elle ne tente pas la poursuite. Mai se redressa lentement, récupéra son arc, resserra les sangles de son carquois. Chaque mouvement était douloureux, mais maîtrisé. Sa respiration se fit plus calme. Le champ de bataille n’offrait plus rien ni gloire, ni vengeance. Elle contourna les débris en silence, ignorant les flammes résiduelles et les cris lointains des blessés qu’on finissait. L’escadron de Byakuren avait terminé son travail avec l'efficacité glaciale qu’elle leur connaissait. Elle le salua d’un hochement de tête lorsqu’elle croisa brièvement son regard, sans s’arrêter. Il n’attendait rien d’elle à cet instant, et elle n’avait rien à dire.

Il y a 4 mois