Manjiro saisit la dague et, sans la moindre hésitation, il traça une entaille franche dans la paume de sa main. Le sang jaillit aussitôt, chaud et rouge vif, s’écoulant le long de ses doigts. Sans attendre, il avança et plaqua sa paume contre celle d’Emi. Leurs chairs se mêlèrent dans une étreinte ferme, presque brutale, leurs fluides se confondant en une unique coulée sombre.
Son regard se planta dans celui d’Emi, fixe, dur, brûlant d’une détermination qu’aucune épreuve ne semblait pouvoir entamer. Et d’une voix claire, il laissa tomber les mots comme une sentence :
La pression de sa main s’intensifia, comme s’il voulait marquer ce pacte au fer rouge dans leurs chairs. Ce n’était pas qu’un geste symbolique : c’était un sceau, un engagement irréversible.
En cet instant, quelque chose se fit plus net en lui. Il comprit réellement ce qui animait les Kaguya : cette hargne farouche de vaincre, ce désir incandescent de ne jamais tomber au sol, même brisé, même mourant. Leur héritage n’était pas qu’une maîtrise des os, ni un art de guerre, mais une conviction viscérale, une certitude gravée jusque dans leur squelette.
Pourtant, les paroles du vieillard résonnées quelques instants plus tôt ne trouvaient aucun écho dans son esprit. Manjiro n’était pas venu chercher des énigmes ou des superstitions. Il ne comprenait pas en quoi son jugement pouvait être obscurci par la haine, et il ne s’en souciait pas. Non… pour lui, tout restait limpide.
Tuer Chikara Tensai n’était pas un destin voilé de mystère. Ce n’était pas une prophétie ni une épreuve spirituelle. C’était une nécessité, une évidence, la suite logique et inévitable de son chemin.
Mais tandis que le sang continuait de s’unir entre leurs mains, une pensée fugace, presque intrusive, traversa son esprit. Frère de sang… Et si elle se retournait un jour contre lui, elle aussi ? Et si, comme tant d’autres avant elle, elle disparaissait de son horizon ?
Derrière l’homme au regard d’acier, derrière cette résolution implacable, demeurait un enfant. Un enfant qui se refusait aux autres, qui rejetait les attaches par peur de les perdre, ou de n’être jamais vraiment compris. Cet enfant restait tapi au fond de lui, silencieux, mais bien présent... et c’était peut-être là son plus grand combat.