Les muscles de Kohana se détendirent à peine. À la demande de la Kitto, elle contenait ses gestes, pas ses pulsions. Debout, légèrement en retrait, elle observait la scène avec une précision presque clinique. Les mouvements, les respirations, les intonations : rien ne lui échappait. Pas même la manière dont Shirona, agenouillée, relevait la tête avec cet air satisfait, presque insolent comme si elle venait de conclure un bon marché plutôt que de ployer face à l’Empire.
Et puis, il y eut cette phrase. L'exigence. Jetée comme une boutade, mais dégoulinante de suffisance. Un silence s’abattit. Épais. Lourd. Le genre de silence qui devance les orages. Kohana cligna lentement des yeux. Ses doigts se contractèrent le long de ses bras croisés, tandis que son regard glissait de Shirona à Kyoko, comme pour vérifier qu’elle n’était pas la seule à avoir entendu. Elle l’avait entendue, oh oui. Et chaque nerf dans son corps, chaque fibre dans sa chair, murmurait d’une seule voix :
« Laisse-moi lui en coller une. Juste une. Pour le principe. »
Elle ne bougea pas. Elle n’avait pas besoin de parler pour exprimer ce qu’elle pensait. Son regard se fit plus appuyé, plus pesant, presque tranchant. Il glissa sur la joue offerte de Shirona. Sur cette mâchoire arrogante. Sur ce sourire qu’elle aurait volontiers brisé d’un revers de la main. Elle visualisa le geste. Le claquement net. La tête qui bascule. L’arrogance réduite en éclats, comme un masque trop fragile. Mais non...
Elle resta immobile. Si Kyoko n’était pas là, si les ordres n’avaient pas été si clairs… qui sait ce qu’elle leur aurait fait ? Elle inspira lentement, repoussant la tentation d’un souffle, puis desserra lentement les bras. Son regard, lui, restait dur. Glacial. Et désormais moqueur.
Le son s’échappa à peine d’entre ses lèvres. Un soupir bref, presque inaudible, mais chargé de mépris. Elle se pencha, à peine, juste assez pour que ses mots ne soient entendus que de la concernée.
« C’est à ce genre de commentaire que je me rappelle pourquoi on vous traque tous... »
Et plus froidement encore :
« Ne me donne pas une raison de regretter que ce ne soit pas moi qui t’aie trouvée en premier, Shirona. »
Elle se redressa. L’air impassible. L’attitude calme, presque détachée, mais chacun de ses muscles trahissait une violence contenue, prête à jaillir. Son regard se détourna vers Sora, en retrait. Celle-ci n’avait encore rien dit de définitif. Rien qui ne sonne comme une trahison de ses principes. Peut-être qu’elle, au moins, n’avait pas tout oublié.
Mais Shirona ? C’était une autre histoire. Un nom, un genjutsu, et maintenant une baignoire. Voilà ce qu’il restait d’elle. Kohana ne dit plus un mot. Elle resta droite, attentive, parfaitement alerte. Elle avait reçu des ordres, et elle les suivrait. Mais dans le silence de ses pensées, une promesse se forma. Une certitude. Si Shirona trahissait la moindre parole, si elle revenait un jour à ses travers... Elle ne parlerait plus. Elle frapperait. Et cette fois, il n’y aurait ni pitié. Ni baignoire.